C’est une question de passager qui revient très souvent… Aujourd’hui, nous volons vers Tokyo. Lundi dernier, à la même heure, je volais vers Buenos Aires…
Portrait d’une vie en constant changement.

Mon horaire change chaque semaine. En plus, je ne choisis pas mon emploi du temps: je peux faire des vols « poches », comme un aller-retour d’une journée, durant laquelle je vole quelque part pour n’y rester qu’une heure avant de rentrer à la maison. Paradoxalement, c’est souvent sur ces vols que l’on a le meilleur équipage… Il y a aussi des destinations pour lesquelles les vols sont difficiles. Vers Singapour, beaucoup de passagers ont des fauteuils roulants, des repas spéciaux et vous tapent sur les fesses, ou tirent sur votre veste pour attirer votre attention…

Dans la plupart des cas, les passagers sont sympathiques et l’on apprend à les connaitre. Certains voyagent pour leur travail, d’autres vont rencontrer leur petit-fils pour la première fois. On peut aussi parler avec un jeune de 18 ans qui part à l’aventure pendant un an, loin de papa et de maman, et qui se demande s’il n’a pas fait la plus grosse erreur de sa vie… avant de probablement penser, un an plus tard, durant le vol du retour, qu’il a vécu la meilleure année de sa vie et que les années à venir ne seront pas aussi amusantes.

Non, je ne vole pas avec les mêmes collègues chaque semaine. Pour tout vous dire, j’ai sûrement rencontré la moitié d’entre eux pour la première fois il y a une heure… Mais, il faut croire qu’être enfermé dans un tube en métal, ça rapproche.

Un ordinateur organise nos vies pour le mois à venir. Ce troisième vendredi du mois, entre midi et 17 heures, nous avons les yeux rivés sur nos courriels pour prendre connaissance de nos plans de voyage à venir. Puis commence le ballet des échanges: nous avons une plateforme sur laquelle nous pouvons échanger nos vols. C’est très pratique si l’on veut passer chez le dentiste à Shanghai, ou retrouver un ami qui visite Chicago et passer un peu de temps avec ce dernier. Bien sûr, on ne peut pas gagner chaque fois, mais si l’on sait bien jouer avec le système, on peut obtenir un très bel horaire.

 

3 fois par an, on joue à l’aéro-loto

Il faut prévoir de remplacer les agents de bord malades, ou ceux dont l’heure de leur premier vol a été déplacée et ne respecte donc plus le temps minimum requis entre deux vols. Pour cela, on utilise des agents « stand-by » ou « en réserve ».

Certaines compagnies vous obligent à attendre à l’aéroport en uniforme. Dans mon cas, le stand-by est à la maison. Avec le téléphone en tout temps à portée de main, on doit être prêt en moins d’une heure (cela comprend évidemment le temps pour se rendre à l’avion). Entre minuit et midi, ou entre midi et minuit, c’est le moment où l’on trie sa comptabilité, on nettoie le buffet, on répond aux courriels de sondages, ou l’on invite ses amis à la maison pour une tasse de thé. Si l’afficheur du téléphone indique « Crew Control », notre cœur s’arrête et l’on prie pour un bon vol avant de décrocher.

« C’est Paul de Crew Control! J’espère que tu es rasé, car tu pars pour… »

À vous de compléter la phrase… Choisissez entre trois jours à Bali ou un multi-tronçons de nuit avec retour à la maison à 6 heures demain matin.

L’ennui, c’est que l’on ne peut absolument rien prévoir: pas de dentiste, de coiffeur ou de souper entre amis, car même si le stand-by termine à midi, on peut vous appeler à 11h59 pour un départ à 13h30 sur un vol de 14 heures. Adieu souper, adieu rendez-vous chez le spécialiste…

4 mois plus tard, le jeu recommence… À qui la chance?